Pascal Gauthier, Eve Pouliot et Séverine Parent
Bien que le concept de capital numérique soit mobilisé dans les recherches sur les inégalités numériques, ses contours théoriques demeurent hétérogènes. Dans ce contexte, cette revue de portée est guidée par la question suivante : « de quelles manières le concept de capital numérique est-il défini et théorisé dans les sciences humaines et sociales? ». Elle vise à dresser un état des lieux des conceptualisations du capital numérique à partir des écrits scientifiques publiés entre 2000 et le début de l’année 2026. Ce travail s’inscrit dans une thèse doctorale rédigée sous forme
de publications; il en constitue le premier article. La thèse vise à examiner les rôles du capital numérique d’orientation culturelle, dans l’acception proposée par Granjon (2022), auprès de dyades composées d’une personne adolescente (13–15 ans) et de l’un de ses parents, en lien avec le rapport que les jeunes entretiennent à l’éducation au numérique telle qu’elle est institutionnalisée dans le champ scolaire. Elle s’inscrit dans une perspective sociocritique (Collin, et al., 2015 ; Denouël, 2019) visant à mieux comprendre les inégalités qui traversent le rapport des jeunes à l’éducation au numérique. La démarche méthodologique s’appuie sur l’approche d’Arksey et O’Malley (2005), complétée par les contributions de Levac et al. (2010) et de Peters et al. (2015), et repose sur une recherche documentaire structurée et menée dans des bases de données internationales et francophones reconnues. Le corpus regroupe environ une cinquantaine de publications. Il en ressort, pour le moment, un paysage théorique composite, où les références à la tradition bourdieusienne (Bourdieu, 1986) font l’objet d’usages variables (Demory et Martin, 2024 ; Ren et al., 2022 ;
Rodríguez-Camacho, et al., 2024). Dans d’autres cas, la référence à Bourdieu demeure un repère mobilisé, mais ouvrant sur des propositions théoriques plus autonomes (Ragnedda, et al., 2020). Cette pluralité de cadres et d’usages soulève des enjeux épistémologiques notables, notamment en matière de cohérence conceptuelle, de comparabilité des résultats et de portée critique des analyses
des inégalités numériques. Cette communication s’inscrit dans l’Axe 3 en proposant un retour aux fondements conceptuels à partir desquels sont pensées les cultures numériques et leurs articulations avec les espaces formels et informels de formation. La revue de portée permet d’organiser et de problématiser ces
conceptualisations, souvent dispersées dans la littérature. En clarifiant les variations d’usage du concept, elle contribue à éclairer les orientations qui structurent l’analyse des liens entre pratiques éducatives – dont l’éducation au numérique -, rapports sociaux et transmissions culturelles.






